À la rencontre de… Sylvain Desclous

Réalisateur du long-métrage “La Campagne de France”

Dans votre film, vous représentez plusieurs candidats et colistiers à l’élection municipale de la ville de Preuilly-sur-Claise. Ces personnes sont-ils des « idéaux-types » des personnalités de la classe politique actuelle, à l’image de Guy, vieux briscard de la politique ?

Non. C’est d’ailleurs un des aspects qui m’a le plus intéressé en tournant ce film : découvrir une autre manière de faire de la politique, d’autres thématiques (forcément plus concrètes et quotidiennes), et surtout d’autres personnalités. Avec leurs qualités, leurs défauts, mais surtout leur formidable sincérité.

En ce sens, et par exemple, je ne crois pas que Guy soit un idéal-type de la classe politique actuelle, tant mieux ou tant pis ça dépend des avis. Mais par contre il incarne à mes yeux un autre idéal-type : celui des vieux militants que la chose publique et que le fait politique passionne et passionnera jusqu’à leur mort. Et d’ailleurs il le dit lui-même : « La politique il y a ceux qui en vient et ceux qui en crèvent. Moi je fais partie de ceux qui en crèvent ». Je trouve cette phrase très forte.

Vous avez réalisé un documentaire « La peau dure », également dans le village de Preuilly-sur-Claise. Pourquoi avez-vous choisi d’y retourner, et de continuer à investir cinématographiquement ce village ? 

D’abord parce que c’est un village que je connais très bien et depuis très longtemps. Je n’y suis pas né et je n’y habite pas mais j’y vais depuis que je suis né et une partir de ma famille y habite. Ensuite parce qu’après un bout de mon premier long-métrage (« Vendeur ») puis un premier documentaire (« La peau dure »), ça m’a plu et excité de refaire un film dans le village. Non pas sur le village mais dans le village. Et à ce moment-là se profilaient les élections municipales. J’y ai vu la promesse de quelque chose, d’un moment à capturer, d’un petit bout d’histoire dans l’Histoire et de campagne dans la campagne. Avec la candidature de Mathieu et l’arrivée du Covid, j’ai été servi.

Vous dépeignez la jeunesse en politique à travers le portrait de Mathieu, jeune tête de liste. D’après vous, être jeune en politique : frein ou tremplin ?

J’aurais envie de répondre les deux. Mais dans le cas de Preuilly et de mon film, je crains que la jeunesse (et donc la relative inexpérience de Mathieu) se soit révélée un frein très important. Je ne veux pas spoiler la fin du film mais il est évident que dans un petit village rural aux habitudes et aux certitudes parfois bien implantées, la jeunesse, la fougue, le désir de changer les choses, ça peut bousculer, voire inquiéter.

 

Y a-t-il une réelle difficulté de renouveau dans la vie politique française aujourd’hui, en particulier dans les villages ruraux comme celui de Preuilly-sur-Claise ? La politique dans un territoire marginalisé comme celui-ci n’est-elle pas dérisoire ?

Non je ne la trouve pas dérisoire, au contraire. Je la trouve passionnante. Epuisante certes, prenante, évidemment, chiante peut-être. Mais passionnante parce que le maire a cette capacité de pouvoir intervenir directement et concrètement. Qu’il s’agisse d’une voie d’eau, d’une route à réparer, des horaires de la médiathèque ou du bus, de l’aide aux personnes en difficulté, du club de foot ou que sais-je encore : tout fait sens et presque tout de suite. Vous pouvez voir le résultat de votre action (et vos administrés aussi évidemment) très concrètement et je trouve cela très gratifiant. La grandeur de la politique c’est l’addition des petites choses et la dignité des détails. Je ne sais plus qui a écrit ça mais je trouve ça enthousiasmant.

 

Vous vous êtes attachés à montrer le côté humain de la politique. Selon-vous, cette partie là est-elle méconnue pour laisser place à la figure de l’homme politique fort, insensible ? Est-ce important de remettre de l’humanité en politique, aujourd’hui ?

Bien évidemment qu’il est important de remettre de l’humanité en politique aujourd’hui, encore faut-il bien s’entendre sur ce que ça veut dire. Si c’est pour l’employer comme une sorte de synonyme de « bienveillance » je n’y crois pas une seconde. C’est creux, ça ne veut rien dire, et personne n’est dupe. Si c’est pour jouer la corde de l’émotion avec des trémolos dans la voix mais qu’au fond cela n’a aucune traduction dans les actions que vous menez et les décisions que vous prenez là encore ça ne sert à rien.

Je dirais, et c’est ma vision, que l’humanité c’est la proximité et l’empathie. Ecouter vraiment. Et ressentir vraiment. Voilà ce qu’il est important de remettre en politique. Et ça n’a pas grand-chose à voir avec les emoji et les like.

 

Vous montrez, qu’au final, tout le monde peut se présenter en politique. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un souhaitant s’engager en politique, aux élections municipales de sa commune, et en particulier aux jeunes ?

 Ne m’étant jamais engagé politiquement ni présenté sur une liste, je suis peut-être la dernière personne à pouvoir donner un conseil à qui que ce soit ! Néanmoins, j’adore Obama quand il dit que s’il n’y a aucune raison pour que vos grand-parents vous disent comment vous habiller, quoi regarder à la télé et écouter comme musique, il n’y en a également aucune pour que ce soit uniquement eux qui décident de l’avenir du pays dans lequel on vit. Et je crois que le pourcentage d’élus municipaux de moins de 30 ans est infinitésimal… Mais notez bien que je n’ai rien contre les grand-parents !

À travers votre long-métrage, vous établissez un lien entre politique et cinéma. Lien qui n’a été que très peu traité ces dernières décennies, mais qui commence à émerger depuis quelques années. Pourquoi, selon-vous, le cinéma s’approprie-t-il enfin ce sujet ?

Je ne sais pas, je ne veux pas dire de bêtises. J’ai l’impression que c’est venu des Etats-Unis avec des séries comme A la Maison-Blanche ou House of Cards puis en France, L’Exercice de l’Etat, et la série Baron noir.

Je ne sais pas de quoi c’est le signe ni si ce signe est positif. Mais j’observe que jamais il n’y a eu autant de films, de séries, de téléfilms et de documentaires sur la politique. Et qu’en même temps jamais la défiance envers la classe politique n’a été aussi grande et l’abstention aussi élevée.

Propos recueillis par Léna Van Nieuwenhuyse.

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