À la rencontre de… Nathalie Loiseau

Eurodéputée, tête de la liste Renaissance aux élections Européennes et ancienne ministre chargée des Affaires Européennes

A quel âge et pourquoi vous êtes-vous engagée en politique ? Y a-t-il un évènement marquant qui vous a décidé ?

C’est toujours difficile de dater le moment auquel on s’intéresse à la politique et celui où on se met à agir pour faire la différence.

Pour ma part l’élément déclencheur a été la prise de conscience que l’Europe n’était pas encore réunie. Quand j’étais étudiante je me suis aperçue qu’il était difficile pour un étudiant Hongrois, Tchèque, ou d’Allemagne de l’Est de venir ne serait-ce que pour quelques jours en Europe de l’Ouest. Cela m’a donné envie d’essayer de contribuer à ce que les étudiants puissent circuler plus facilement dans l’Europe au sens large. A partir de ce moment je me suis engagée à Sciences Po dans une association qui existe toujours : L’AEGEE (l’association des états généraux des étudiants d’Europe) qui a contribué à faciliter ces échanges entre étudiants.

Est-ce toujours cette même motivation qui vous pousse à poursuivre votre engagement ?

 Mon engagement politique s’est élargi, mais la question Européenne est restée centrale depuis le début. La question écologique est venue plus tard quand j’ai pris conscience du changement climatique, et de la responsabilité de l’action humaine dans le dérèglement climatique. J’avais cette envie de léguer à la génération suivante et à mes enfants une planète mieux préservée.

Vous êtes membre de LREM, pourquoi ce choix ?

 Je viens du centre-droit à l’origine, mon engagement politique s’est fait autours d’Alain Juppé et de Jacques Chirac dans les années 90. C’était un centre droit humaniste, pro-européen et avec une fibre sociale forte. Au moment de la préparation des élections de 2017, Alain Juppé a perdu la primaire de la droite et je ne me suis pas reconnue dans ce que la droite avait choisi, c’est-à-dire François Fillon : une droite différente, beaucoup plus à droite sur tous les sujets. Je me suis retournée vers Emmanuel Macron, et j’ai retrouvé l’ensemble des valeurs pour lesquelles je me battais depuis ma jeunesse. J’ai alors décidé de m’engager au sein de La République En Marche.

Être jeune en politique : Tremplin ou frein ?

Ni l’un ni l’autre, cela dépend des individualités. Il ne faut ni jeunisme, ni anti-jeunisme. Il faut que la politique puisse parler aux jeunes puisque la politique construit l’avenir, elle dessine le cadre dans lequel va se dérouler leur vie.

Pour être crédible le monde politique doit représenter la France dans sa diversité : diversité d’âges, diversité de genres, d’origines socio-professionnelles ou géographiques.

Pendant longtemps la politique était d’abord une carrière. On entrait en politique assez jeune, on y montait en grade petit à petit pour au final en faire sa vie. Je pense que pour représenter les français il faut en être le plus proche possible. Il faut avoir des expériences de vie qui soient représentatif de la diversité des Français. Je suis très fière d’avoir conduit une liste pour les élections européennes avec des candidats venant de partout en France, qui avaient tous un profil très différent : deux agriculteurs, des chefs d’entreprise, un journaliste, un militant associatif… Il y avait une vraie représentation de la France.

 

Être une femme en politique : Tremplin ou frein ?

Pendant très longtemps ça a été un handicap. Aujourd’hui c’est plus difficile d’être une femme que d’être un homme en politique. On ne vous regarde pas de la même façon, on n’a pas les mêmes attentes. On reste un outsider. Je pense que c’est la raison pour laquelle on est d’autant plus utiles, parce qu’on a une capacité d’étonnement et une capacité d’insatisfaction plus forte que les hommes. On arrive dans un monde qui n’a pas été dessiné pour nous, qui n’est pas prêt à nous accueillir facilement. Cela a comme conséquences de sélectionner les femmes les plus combatives, pour le meilleur et pour le pire. Nous sommes plus combatives que la moyenne, et parfois plus brutales, car il faut surmonter les multiples obstacles qui se dressent devant nous. 

Quelles sont les valeurs, les enjeux, les batailles qui vous tiennent à cœur et que vous défendez à travers votre engagement ?

Je me souviens d’un Africain qui m’avait dit une phrase qu’il avait également dit à Pierre Mauroy : « En politique quand tous les dégoutés s’en vont il ne reste que les dégoutants ». Tous ceux qui pensent que la politique soit est trop violent, soit n’attire que les personnes qui ont une ambition personnelle, soit est frustrant parce qu’on ne voit pas toujours les résultats des efforts que l’on mène, se trouvent des prétextes pour soit ne pas entrer en politique soit ne pas y rester.

J’y suis entrée et j’y reste d’abord parce que je veux faire la différence là où je suis, parce que j’ai cette chance que 5 millions et demi et Français m’aient fait confiance en votant pour moi. Je ne veux pas les décevoir et je ne veux pas laisser la politique aux professionnels de la politique. Je veux rester moi-même, c’est-à-dire une Française avec ses qualités, ses aspérités, représentante de mes compatriotes, qui porte les idées qui ont fait que j’ai été élue.

Vous sentez-vous plutôt française ou européenne ?

Les deux ne sont jamais exclusif. Je n’ai aucun mal à être à la fois Béarnaise, Française, Européenne et Occidentale. Ma condition de femme fait que je ressens une grande proximité avec des femmes du monde entier. Ce ne sont pas des identités exclusives l’une de l’autre. On doit accepter la richesse que nous avons chacun et chacune en nous, d’être une multitude d’identité. Il n’y a rien de plus dangereux que de se recroqueviller sur une seule identité qui est une construction intellectuelle. On n’est pas que Français, on n’est pas qu’un homme ou une femme. On est chacun un être humain, un concentré d’humanité toute entière.

 

De votre point de vue de Députée Européenne, comment voyez-vous la relation entre les jeunes et la politique ?

J’ai une fierté. L’élection européenne était jusqu’à cette année celle où les jeunes votaient le moins. Cette année nous avons réussi à intéresser les jeunes davantage. C’est un « nous » général, notamment La République En Marche mais également les écologistes et l’extrême droite. Il y a beaucoup plus de jeunes qui ont voté, et c’est tant mieux, puisqu’en Europe on travaille tous les jours sur l’avenir : la transition écologique, numérique, la mondialisation. On écrit l’avenir du continent, notamment pour les futures générations.

Je suis aussi très heureuse de voir des jeunes dans la rue derrière Greta Thunberg. Je ne supporte pas les critiques dont elle fait l’objet. Je ne suis pas d’accord avec elle tout le temps : il y a des choses que je soutiens, d’autres moins. Que jeune elle se sente obligée d’avoir un engagement politique et que d’autres jeunes la suive je trouve cela formidable. Je ne supporte pas la passivité par rapport aux enjeux politiques d’aujourd’hui.

 

Comment avez-vous perçu la jeunesse lors des campagnes européennes ? Y avait-il beaucoup de jeunes impliqués pour Renaissance ? Qu’en avez-vous pensé ?

C’est une chance qu’a La République En Marche. Depuis le début, car c’est un mouvement nouveau, c’est un mouvement qui a contesté les vieux partis, c’est un mouvement qui a attiré des franges de la population qui ne se sentaient pas à l’aise dans les vieux partis, notamment les femmes, les jeunes et les français issus de la diversité. Le mouvement des JAM (Jeunes avec Macron) a eu un rôle clé dans la campagne européenne. Je me suis énormément appuyé sur eux, avec beaucoup de plaisir car c’est un mouvement très dynamique, très engagé et sur lequel on peut toujours compter.

 

Que répondriez-vous aux jeunes qui considèrent que « ça ne sert à rien de s’engager » ?

On ne peut pas dire qu’on a plus la foi en la politique quand on a 15 ans. Si a 15 ans on ne croit pas en la politique c’est parce qu’on n’a pas fait l’effort de s’y intéresser et de savoir ce qu’on en aime et ce qu’on n’en aime pas. La politique vise à changer le Monde, ça consiste à ne pas être satisfait de l’état des lieux et à se lever pour apporter sa contribution. Ça ne veut pas forcément dire être Ministre, Député ou Président de la République. On peut faire de la politique partout : dans son lycée, université, entreprise.

Pour moi la définition de la politique c’est celle de « faire la différence là où on est, ne pas se contenter de subir, d’être passif ». Je ne peux pas me coucher le soir sans me demander si a un moment de la journée j’ai servi à quelque chose. Il y a des tas de manières de faire de la politique : dans une association, en montant un mouvement citoyen, en mettant en place des gestes de solidarité dans son quartier… On n’a pas besoin d’être dans un parti politique. En revanche être purement consommateur de la société c’est accepter d’être traité comme un objet. Et là on ne peut pas se plaindre. Ce qui ne font pas l’effort de s’intéresser et de s’engager ne peuvent pas se plaindre de la manière dont le pays et le continent sont dirigées.